Comment l’abeille noire est devenue le fil conducteur de ma vie

Comment l’abeille noire est devenue le fil conducteur de ma vie

Je n’avais que dix ans lorsque ma mère a découvert que l’abeille noire était menacée.

À cet âge-là, je ne parlais évidemment pas encore de conservation génétique ou de biodiversité. Je comprenais simplement qu’une abeille présente depuis très longtemps dans nos régions risquait de disparaître et que ma mère avait décidé de ne pas rester sans rien faire.

Elle est partie se former à Virelles, auprès d’Hubert Guerriat. Il y a eu les samedis de cours, les heures de lecture, les visites de ruchers et tous ces gestes qu’il fallait apprendre. Moi, je regardais, j’écoutais et je posais énormément de questions.

Avec le recul, je crois que mon parcours a commencé là. Pas avec un grand discours ni avec un projet professionnel parfaitement défini, mais en suivant ma mère et en essayant de comprendre ce qui la passionnait autant.

Grandir au milieu des ruches

J’ai grandi dans un environnement agricole, avec les odeurs de la ferme, les animaux, les récoltes et le rythme des saisons.

Les abeilles ont rapidement trouvé leur place dans cet univers. Je me suis intéressée au fonctionnement des colonies, mais aussi à l’élevage, à la sélection et à la manière dont les caractéristiques se transmettent d’une génération à l’autre.

Ce n’était donc pas uniquement la récolte du miel qui m’attirait. Ce qui se passait à l’intérieur de la ruche me fascinait davantage : l’organisation de la colonie, le rôle de la reine, l’évolution du couvain et la capacité des abeilles à s’adapter à leur environnement.

Pendant que ma mère apprenait, j’apprenais avec elle.

Février 2012 : ma première ruche

En février 2012, j’ai rassemblé mes économies pour acheter ma première ruche.

Je l’ai achetée à Jacques, un apiculteur de Ham-sur-Heure. Il m’a aidée à acquérir mes premières abeilles et mon premier matériel. Sa femme, Anne, m’a également encouragée. Tous les deux ont pris au sérieux le projet d’une jeune fille qui voulait avoir ses propres ruches.

Cela peut sembler être un simple détail, mais lorsqu’on débute aussi jeune, rencontrer des adultes qui vous écoutent et qui croient réellement en vous compte énormément.

Si Jacques et Anne lisent un jour ces lignes, je tiens donc à leur dire merci.

À partir de ce moment-là, il ne s’agissait plus seulement des ruches de ma mère. J’avais mes propres abeilles et, avec elles, la responsabilité de prendre des décisions.

Apprendre à observer avant d’agir

En 2013, ma mère ne pouvait plus ouvrir les ruches. J’étais encore jeune, mais il fallait malgré tout continuer à s’occuper des colonies.

Alors, c’est moi qui réalisais les visites.

Je regardais les cadres et je revenais lui raconter le plus précisément possible ce que j’avais vu : le couvain, les réserves, le comportement des abeilles et l’état général de la colonie. À partir de mes observations, elle m’expliquait ce que je devais faire.

Cette période m’a appris quelque chose qui guide encore aujourd’hui ma manière de travailler : avant d’agir dans une ruche, il faut commencer par regarder et comprendre.

Une colonie n’a pas besoin que l’on applique mécaniquement une méthode. Elle a besoin que l’on observe son état, son développement, ses réserves et son environnement avant de choisir une intervention.

Évidemment, je n’ai pas toujours pris les bonnes décisions. J’ai connu des pertes et des saisons difficiles. Mais chaque problème m’a obligée à chercher sa cause et à améliorer ma pratique.

Le choix d’en faire mon métier

À l’adolescence, j’ai essayé d’autres choses comme tout le monde. Pourtant, je revenais toujours vers les ruches, particulièrement lorsque cela n’allait pas.

J’y retrouvais quelque chose de concret. Il fallait observer, réfléchir et agir. Les abeilles ne se soucient pas de notre humeur ou de notre emploi du temps : lorsque le bon moment arrive, le travail doit être fait.

J’ai progressivement compris que l’apiculture ne serait pas seulement un loisir. Je voulais me former sérieusement et en faire une véritable activité professionnelle.

Cela impliquait aussi d’en accepter la réalité. L’apiculture ne se résume pas aux belles journées de récolte et aux pots de miel alignés sur une étagère. Il y a également les colonies perdues, les périodes de mauvais temps, les élevages qui ne donnent pas le résultat espéré et les nombreuses heures de travail dont personne ne voit vraiment l’existence.

Ces difficultés ne m’ont pas éloignée des abeilles. Elles m’ont surtout appris à ne jamais considérer une réussite comme acquise.

2019 : passer de 17 à 47 colonies

L’année 2019 a représenté un tournant important. Je suis passée de 17 ruches à 47 colonies en fin de saison.

Changer d’échelle oblige à revoir toute son organisation. Il ne suffit plus de connaître chaque colonie : il faut anticiper le matériel, les élevages, les déplacements et les interventions, tout en restant attentive à ce qui se passe réellement dans chaque ruche.

C’est aussi à ce moment-là que j’ai mesuré tout ce qu’il me restait encore à apprendre.

Le vivant remet régulièrement nos certitudes à leur place. Une méthode peut fonctionner dans certaines conditions et devenir inadaptée quelques semaines plus tard. La météo, les ressources disponibles, la pression du varroa et la dynamique propre à chaque colonie doivent être prises en compte.

Mon expérience s’est construite ainsi : en observant beaucoup, en confrontant la théorie au terrain et en cherchant à comprendre mes résultats, qu’ils soient bons ou mauvais.

Donner un nom à cette histoire

Créer Le Rucher de l’Aurore ne consistait pas seulement à trouver un nom pour vendre du miel. C’était donner une identité à une histoire commencée bien plus tôt.

Je voulais produire un miel honnête, travailler dans le respect de la biologie de l’abeille et contribuer concrètement à la sauvegarde de l’abeille noire.

Au fil du temps, l’activité s’est développée. Elle comprend aujourd’hui la production de miel et de produits de la ruche, mais aussi l’élevage de reines, la vente de matériel, les formations et l’accompagnement des apiculteurs.

Ces services ne sont pas apparus parce qu’il fallait remplir un catalogue. Ils sont nés de besoins rencontrés sur le terrain.

Lorsque j’accompagne un apiculteur, je retrouve par exemple l’importance de cette première leçon apprise avec ma mère : bien décrire une colonie pour pouvoir prendre la bonne décision. Lorsque j’élève une reine, je mobilise ce qui m’a toujours attirée dans l’apiculture : l’élevage, la sélection et la transmission des caractères.

Chaque partie de mon activité est donc liée aux autres.

Transmettre sans imposer

Je suis également enseignante en agronomie. Là encore, la transmission occupe une place centrale.

Je ne souhaite pas seulement expliquer aux jeunes ou aux apiculteurs ce qu’ils doivent faire. Je veux leur apprendre à observer, à comprendre le vivant et à construire leur propre raisonnement.

Les connaissances scientifiques sont indispensables. Elles permettent de comprendre la biologie de l’abeille et de dépasser certaines idées reçues. Mais elles doivent aussi être mises en relation avec les observations réalisées dans les colonies.

Inversement, une expérience personnelle ne devient pas automatiquement une vérité générale. Ce que j’observe dans mes ruches doit être replacé dans son contexte et, lorsque c’est possible, comparé aux connaissances scientifiques disponibles.

C’est cette approche que je veux transmettre : partir des faits, respecter la biologie de l’abeille et rester suffisamment humble pour continuer à apprendre.

L’abeille noire comme fil conducteur

L’abeille noire m’a été transmise par ma mère, mais aussi par les apiculteurs qui ont partagé avec moi leurs connaissances et leur expérience.

Aujourd’hui, c’est à mon tour de participer à sa préservation.

Défendre l’abeille noire ne signifie pas refuser toute évolution au nom de la tradition. Cela signifie préserver une abeille locale façonnée par son environnement, tout en utilisant les connaissances actuelles pour sélectionner, multiplier et maintenir des populations viables.

Ce travail demande du temps, de la rigueur et une collaboration réelle entre les apiculteurs. Il demande également de former les personnes qui souhaitent accueillir des abeilles afin qu’elles comprennent mieux leurs besoins.

Une histoire qui continue

Lorsque je regarde le chemin parcouru depuis ma première ruche, je ne vois pas une progression parfaitement droite.

Je vois des rencontres, des erreurs, des saisons compliquées, des colonies magnifiques et énormément d’heures passées à apprendre. Je vois surtout une transmission commencée par la décision de ma mère et que je poursuis aujourd’hui à ma manière.

Le Rucher de l’Aurore est né de cette histoire. Il continue à évoluer autour de la même conviction : préserver l’abeille noire, produire avec honnêteté et transmettre des pratiques fondées sur l’observation, la biologie de l’abeille et les connaissances scientifiques.

Si vous souhaitez découvrir mon travail, accueillir des abeilles noires, vous former ou être accompagné directement dans votre rucher, vous pouvez consulter les différents services proposés par Le Rucher de l’Aurore ou me contacter pour m’expliquer votre projet.

Pour que l’abeille noire soit infinie.

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Multiplier l’abeille noire sur le territoire-GAL des deux Ourthes

Multiplier l’abeille noire sur le territoire-GAL des deux Ourthes

Préserver l’abeille noire ne consiste pas uniquement à expliquer qu’elle est menacée. Pour qu’une population puisse se maintenir, il faut des colonies actives, des reines élevées, des mâles présents dans l’environnement et des apiculteurs capables de travailler durablement avec cette abeille.

C’est précisément tout l’intérêt du projet mené avec le GAL des Deux Ourthes, avec le soutien de la Province de Luxembourg : passer de la sensibilisation à une multiplication concrète de l’abeille noire sur le territoire.

J’ai accepté d’accompagner ce projet parce qu’il correspond à une conviction construite au fil de mes années d’expérience : une conservation qui reste uniquement théorique ne peut pas suffire. Pour préparer l’avenir de l’abeille noire, il faut aussi lui redonner une place réelle dans les ruchers et dans notre environnement.

Pourquoi faut-il multiplier les colonies d’abeilles noires ?

L’abeille noire est notre abeille locale. Elle appartient à l’histoire apicole de nos régions et possède des caractéristiques façonnées par son environnement.

Mais la conservation d’une population ne dépend pas uniquement de quelques colonies sélectionnées et protégées. Elle repose également sur le nombre de colonies présentes sur le territoire et sur leur répartition.

La raison est en grande partie biologique.

Lorsqu’une jeune reine réalise ses vols de fécondation, elle s’accouple en plein vol avec plusieurs mâles provenant des colonies présentes dans les environs. L’apiculteur ne maîtrise donc pas entièrement l’origine de ces mâles lors d’une fécondation naturelle.

Si les mâles d’abeilles noires sont trop peu nombreux dans l’environnement, les efforts de sélection et de multiplication restent fragiles. À l’inverse, lorsque davantage de colonies produisent des mâles noirs, nous renforçons progressivement les possibilités de fécondations cohérentes et la résilience de la population locale.

Installer et maintenir des colonies d’abeilles noires à des endroits réfléchis n’est donc pas un simple geste symbolique. Chaque colonie peut participer à une dynamique territoriale plus large.

Mais pour que cela fonctionne, il ne suffit pas de distribuer des abeilles et de souhaiter bonne chance aux personnes qui les accueillent.

Former avant de multiplier

Accueillir une colonie implique une véritable responsabilité.

Une abeille reste un animal sauvage vivant en colonie. Son développement dépend de la saison, de la météo, des ressources disponibles, de son état sanitaire et des interventions réalisées par l’apiculteur.

Avant d’installer des abeilles chez une personne, il faut donc vérifier plusieurs éléments :

  • l’emplacement prévu pour la ruche ;
  • les connaissances et l’expérience de la personne ;
  • le temps qu’elle pourra réellement consacrer au suivi ;
  • le matériel disponible ;
  • la présence d’un accompagnement en cas de difficulté ;
  • la capacité à assurer une surveillance sanitaire correcte.

C’est pour cette raison que le projet ne repose pas uniquement sur la multiplication des colonies. Il comprend également un travail de formation, de préparation et d’accompagnement.

L’objectif n’est pas d’augmenter rapidement le nombre de ruches pour pouvoir annoncer un beau chiffre. Il est de créer des implantations capables de tenir dans le temps.

Des participants aux profils différents

Le projet rassemble plusieurs types de participants : des apiculteurs déjà expérimentés, des personnes qui découvrent encore l’apiculture, des citoyens souhaitant accueillir une colonie ainsi que des agents du Département de la Nature et des Forêts.

Au total, le groupe de départ réunit notamment :

  • 10 apiculteurs privés ;
  • 7 agents du Département de la Nature et des Forêts ;
  • 15 citoyens intéressés par l’accueil et la préservation de l’abeille noire.

Cette diversité représente une richesse, mais elle demande aussi d’adapter l’accompagnement.

Une personne qui possède déjà plusieurs ruches n’a pas les mêmes besoins qu’un citoyen qui envisage sa première colonie. Les questions techniques, le vocabulaire et le degré d’autonomie sont forcément différents.

J’ai donc choisi de séparer certains temps de visioconférence entre les débutants et les participants plus expérimentés. Cela permet à chacun de poser ses questions librement et d’avancer à partir de son niveau réel.

Je préfère toujours une question posée franchement à une difficulté cachée par peur de paraître inexpérimenté. En apiculture, faire semblant d’avoir compris ne rend service ni à l’apiculteur ni aux abeilles.

Observer chaque situation sur le terrain

Les échanges à distance permettent de transmettre les bases, de préparer les visites et de répondre à de nombreuses questions. Mais ils ne remplacent pas l’observation sur place.

C’est pourquoi le projet comprend également des visites chez les participants.

Lors d’une visite, je peux examiner l’environnement prévu pour les colonies, discuter de l’organisation du futur rucher et identifier les éventuelles difficultés avant l’arrivée des abeilles.

Un emplacement qui paraît agréable à l’œil humain n’est pas nécessairement adapté à une colonie. Il faut notamment réfléchir à l’exposition, à l’humidité, aux vents dominants, à l’accessibilité, au voisinage et aux ressources disponibles dans les environs.

Mon rôle n’est pas d’imposer exactement la même installation à tout le monde. Il est d’expliquer les besoins biologiques de l’abeille et d’aider chaque participant à construire une solution cohérente avec son terrain.

Un projet qui demande du temps

La multiplication de l’abeille noire ne peut pas être menée sérieusement dans la précipitation.

Il faut préparer les participants, multiplier les colonies, organiser l’élevage des reines, suivre les fécondations et vérifier le développement des nouvelles colonies. La météo et la biologie imposent également leur propre calendrier.

Nous pouvons planifier un élevage, mais nous ne commandons ni les températures, ni les périodes de vol, ni la réussite de chaque fécondation. Il faut donc conserver une capacité d’adaptation tout au long de la saison.

C’est une réalité importante à expliquer, notamment dans un projet collectif : travailler avec le vivant implique d’avoir un objectif clair sans prétendre maîtriser chaque étape.

Une conservation qui appartient au territoire

Ce projet me tient particulièrement à cœur parce qu’il ne repose pas sur une seule personne ou sur un unique rucher.

À long terme, la protection de l’abeille noire doit être portée par un réseau d’apiculteurs formés, autonomes et capables de collaborer. Les institutions, les associations, les professionnels et les citoyens ont chacun un rôle différent, mais complémentaire.

Le GAL des Deux Ourthes permet ici de créer une dynamique directement ancrée dans le territoire. Les participants ne sont pas de simples bénéficiaires : ils deviennent progressivement des acteurs de la conservation.

C’est cette logique que je défends également dans mon travail au Rucher de l’Aurore. Mon activité professionnelle ne remplace pas l’engagement collectif. Elle apporte une capacité d’action supplémentaire : produire des reines, multiplier les colonies, former les apiculteurs et intervenir sur le terrain lorsque cela est nécessaire.

Préparer une autonomie durable

La réussite du projet ne se mesurera pas uniquement au nombre de colonies installées.

Elle se mesurera aussi à la capacité des participants à comprendre leurs abeilles, à identifier une difficulté et à prendre une décision adaptée. Une personne réellement formée pourra maintenir ses colonies, les multiplier à son tour et transmettre de bonnes pratiques autour d’elle.

C’est ainsi qu’un projet ponctuel peut produire des effets durables.

Nous n’en sommes pas encore au bilan final. Le travail continue avec les échanges, les visites, la préparation des implantations et l’accompagnement des différents groupes. Les prochaines étapes devront rester adaptées au niveau des participants et au rythme biologique des colonies.

Mais la direction est claire : augmenter progressivement la présence de l’abeille noire, tout en donnant aux personnes qui l’accueillent les connaissances nécessaires pour en prendre soin.

Vous souhaitez participer à cette dynamique ?

Ce projet avec le GAL des Deux Ourthes s’inscrit dans une démarche territoriale précise, mais l’accompagnement des apiculteurs fait également partie des services proposés par Le Rucher de l’Aurore.

Si vous possédez déjà des colonies, si vous envisagez d’accueillir des abeilles noires ou si vous souhaitez préparer un projet collectif, je peux vous accompagner à distance ou directement dans votre rucher.

Nous commencerons par votre situation réelle : votre expérience, votre emplacement, vos colonies et vos objectifs. Car en apiculture, les solutions sérieuses commencent rarement par une réponse toute faite. Elles commencent par une bonne observation.

Pour que l’abeille noire soit infinie.

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